fragile a velo

 

Mon moyen de transport principal est le vélo.
La vitesse (hum ! vitesse relative ;) ) me donne une impression de puissance et de communion avec l'environnement quand je suis en ligne droite sans circulation.
Mais à chaque croisement, je me contracte, je perds toute légèreté d'esprit.
Moi conduisant une voiture, j'ai eu plusieurs accidents, dont quatre avec collision (Et j'entends déjà les langues de vipère dire "Femme au volant ..." mais il n'y a que le premier où j'étais en tort et les trois autres furent causés par des hommes !).


D'autres personnes que moi conduisant, extrêmement vite, j'ai cru à deux reprises que je ne finirai pas la journée.
J'ai failli de nombreuses fois me faire renverser à vélo ; je suis très prudente, je regarde partout et suis toujours prête à freiner.
Quand je croise un stop, j'essaie de capter le regard du conducteur avant de continuer sur ma lancée.
Ce matin, une fois de plus, je me sens vulnérable en roulant au niveau de ce carrefour que je déteste.
Les automobilistes ont-ils conscience de l'absence de carapace des cyclistes ?

franklin velo

 

Nous préférons nous croire forts plutôt que d'examiner nos fragilités. Et la vulnérabilité des autres nous renvoie un "C'est possible pour toi aussi" inconfortable, dont nous nous détournons.
Combien de fois évitons-nous de croiser le regard de tel handicapé ? Tel mendiant ?

 

 

 

pictos handicap

 

Un des comportements dont souffrent le plus les handicapés, c'est qu'une personne va systématiquement s'adresser à l'accompagnant plutôt qu'à l'handicapé.

Je me souviens d'une expo de photographies prises à Londres au lendemain de la crise de 29. On y voyait un couple blanc mendier. Ça m'avait fait l'effet d'un choc.
Et oui, les Roms nous renvoient "Il est peu probable que ça m'arrive, je ne peux pas devenir Rom." mais là, sous mes yeux, cette dame aurait pu être moi et c'était effrayant.

Non, décidément, nous n'aimons pas examiner nos faiblesses.

Quand les médias nous montrent des personnes dans le malheur, ils mettent la bonne dose de misérabilisme pour au final, nous faire de nouveau détourner le regard et nous contenter de notre sort ou bien c'est la fascination qui nous fige ! On a aussi l'extrême inverse : "Tant de morts dans tel pays, demain beau temps sur toute notre belle région".
Et puis combien de magazines mettant en avant qu'il convient d'être beaux, forts, en bonne santé et "tous les bons plans pour gagner plus". N'oubliez pas d'être heureux, mille trucs et astuces.
Si ça dépanne, super. Mais si ça met la pression, alors il est temps d'apprivoiser notre côté obscur.

 

Darth Vader

 

Comme je vous l'écris régulièrement, les extrêmes, les discours absolus, sont des messages provenant de notre inconscient. Ce n'est pas notre moi réel qui parle.
Il est des jeux psychologiques où certains se complaisent à décrire au premier venu toutes leurs faiblesses, défauts, malchances dans l'attente inassouvissable qu'on leur dise "Mais non, tu es formidable ; j'aime chez toi ces qualités ; regarde tu as ça, c'est de la chance ; etc."
Quand je vous parle de tenir compte de votre côté obscur, je ne vous invite bien sûr pas à cette attitude.
Ces personnes ont enregistré "Je me sens aimé quand je me plains." Et elles se sont construites sur cette croyance, qu'elles testent à l'infini.

 

Non.
Mon invitation, je vous la soumets avec les jolis propos de Gabrielle Roth. Cette artiste, qui a créé la danse des 5 rythmes que j'ai pratiquée avec Thierry François, a écrit "Ce vrai, attendrissant moi sera toujours dans l'obscurité. C'est pourquoi nous devons nous libérer du modèle didactique qui décrète que la lumière est bonne et le sombre est mauvais, car cela nous coupe du mystère de notre monde intérieur et invisible, un monde qui est bien plus vaste que le monde vu. Une fleur coupée ne dure qu'une semaine au maximum, mais une fleur reliée à ses racines peut se réincarner, renaître saisons après saisons. Quand elle est connectée à l'obscurité de la terre nourricière, sa nature même est de chercher la lumière. Etre coupé de sa source intérieure _ ce que Dylan Thomas appelle "la force qui par un fusible vert conduit la fleur." _ nous laisse craindre de fermer nos yeux, être assis dans l'obscurité, écouter le silence, savourer le vide [...]. Le plus triste de tout, il nous empêche d'apprécier la sainteté d'autrui."

Vidéo sur la danse des 5 rythmes