Ouverture ou fermeture

DUEL

Je prends soin d'une plaie et me demande si je garderai une cicatrice.

Combien de cicatrices sur le corps et combien de blessures ne laissant pas de traces visibles ?

N'oublions jamais à quel point certains mots, certaines phrases peuvent blesser. Le corps n'oublie rien. Ce qui est arrivé est arrivé. Les évènements construisent et détruisent notre fragile personnalité.

Certains arriveront à faire sortir rapidement l'émotion qui survient : colère, surprise, tristesse, sentiment de trahison, d'injustice, déception, dégoût, ... mais ne vont-ils pas blesser à leur tour saisis par la tentation de vengeance ?
D'autres n'y parviendront pas, submergés, abasourdis, assommés. Peut-être cela ressortira beaucoup plus tard, d'une manière qui ne sera pas appropriée et qui blessera aussi ...

Si nous blessons quelqu'un, que nous n'avons pas eu la sérénité et la lucidité de nous apercevoir que nous étions sur le point réagir de manière disproportionnée, que le mal est fait, alors il y a des moyens de panser les plaies.
Aller vers l'autre, lui dire qu'on se rend compte qu'on a réagi de manière disproportionnée et inappropriée, demander comment l'autre se sent, expliquer son propre ressenti d'avant et d'après la réaction, demander pardon, proposer un réconfort. Revenir vers l'autre un peu plus tard, demander des nouvelles.

Et si nous avons été blessés ? L'inconscient nous poussera peut-être à nous renfermer et à ressasser en boucle nos émotions, nous en serons prisonniers. Ne pas dire à l'autre qu'il nous a blessé, c'est l'empêcher de pouvoir progresser (s'il n'est pas conscient d'avoir fait du mal) ou l'empêcher de nous demander pardon (s'il s'est enfermé dans sa culpabilité). Car la tentation, c'est aussi de laisser l'autre enfermé dans sa méchanceté (pour pouvoir s'en plaindre) ou dans sa culpabilité (pour le punir). La victime s'avère parfois bourreau et vice-versa. Avant d'aller vers l'autre, essayons de comprendre ce qui l'a fait réagir comme ça et assurons-nous que nous parlerons "je" sans être dans le reproche.

Entre quelques secondes et plusieurs années, le chemin qui conduit de la blessure à la cicatrice est pluriel mais il vaut toujours la peine d'être entamé.