Boucles oreilles 181x300

Je cherche, dans ma boîte à boucles d'oreilles, une paire qui ira avec mes vêtements.
D'habitude, avec cette tenue, je mets toujours les mêmes boucles d'oreilles, mais là, j'ai envie de changer.
En fouillant dans la petite boîte, je prends par erreur une boucle d'oreille qui me rappelle que je ne peux plus la porter car j'ai cassé la tige.
Pincement au cœur, je les aimais beaucoup.
Tout d'un coup, j'ai l'idée de mettre la survivante avec une autre boucle d'oreille esseulée.
Elles ne se ressemblent pas du tout.

Mon inconscient est déjà au garde à vous pour me protéger : Que vont dire les autres ? Vais-je passer pour un clown ou pour quelqu'un qui veut se faire remarquer ou pour une pauvre fille qui n'a que des paires dépareillées ?
Je remercie mon inconscient de bien faire son travail et déjà, il a changé de stratégie : Porter ces boucles d'oreilles dépareillées, c'est un acte de résistance au conformisme, "Non au diktat de l'apparence !".
Et voilà, encore une fois, quand on est dans les extrêmes, il y a de grandes chances pour que ce soit notre inconscient qui parle. A nous d'ajouter les nuances du réel.

Parfois aussi, nous disons "Moi je ..." puis énonçons une vérité absolue nous concernant, par exemple "J'ai toujours faim" "Je déteste la plage" "Je ne sais jamais me lever" "Je ne retiens que les chiffres" ... Ces phrases viennent directement de notre inconscient et elles nous enferment dans une pseudo-identité. Elles réduisent la conversation à :
"Moi je ...
- Ah toi tu ... bah moi je ....
- Ah non car moi je ..."
Etc.
Je me souviens que pendant de nombreuses années, je saisissais la moindre occasion voire provoquais l'occasion de dire que je ne repassais pas. Ce qui est vrai mais je disais ça de manière véhémente, comme un étendard de ma personnalité et sous-entendant que quiconque repassait était stupide et aliéné. On ne peut pas dire que ce genre de positionnement facilite les relations !

Finalement, le présent et le réel sont plutôt de l'ordre de "Je ressens ..." mais nous n'avons pas forcément appris ou craignons de nous exposer.
Il n'est jamais trop tard pour apprendre à se connecter à son ressenti puis apprendre à l'exprimer.
Il n'est jamais trop tard pour apprendre à mesurer, sans sous-estimer ni sur-estimer, les risques que nous prenons en exprimant notre ressenti.

Mon histoire de boucles d'oreilles me fait penser qu'il y a une dizaine d'années, j'ai suivi une formation au langage des signes.
Chaque participant était invité à se trouver un signe (un geste) distinctif pour se reconnaître les uns les autres, savoir de qui on parlait.
Je ne trouvais pas quel geste pouvait signifier qu'on parlait de moi. Pour m'aider, une des participantes, sourde, habituée à cette manière de signer comme pour dire un prénom, me fit le signe de se pincer les oreilles deux fois pour signifier "la femme qui a toujours des boucles d'oreilles qui attirent le regard".
Je me souviens très bien que mon inconscient s'était fortement manifesté. Au lieu de rester dans le réel de la recherche d'un signe qui soit fonctionnel, parlant, rapide, facile, je me suis vexée et je refusai de réduire l'ensemble de ma personnalité complexe et évolutive à un objet aussi petit et futile.
Je me souviens avoir cherché, en vain, bien sûr, un signe qui respecte les consignes de fonctionnalité mais qui me convienne. Je passais en revue toutes mes activités, mes traits de caractère. Je trouvais toujours que ce serait trop réducteur.

C'est en constatant comme notre inconscient nous a emmené loin du réel, en prenant le temps de se retourner sur telle ou telle situation et de se mettre à la place de l'autre qu'on peut petit à petit ne plus retomber dans les mêmes pièges qui nous rendent moins sociables, moins adaptés à la réalité.