AUTOMOBILISTE 150x132

Je conduis ma grand-mère au cimetière en voiture. Nous sommes au feu rouge. Une dame quitte l'arrêt de bus et toque à la vitre de ma grand-mère. Je baisse un peu la vitre, méfiante.
"Est-ce que vous pouvez m'avancer un peu, s'il vous plaît, j'ai une crise de sciatique, je souffre beaucoup."
Si j'avais été seule, j'aurais immédiatement déverrouillé la porte mais là, avec ma grand-mère, mon dernier grand-parent, et imaginant cette dame derrière ma grand-mère, moi conduisant, ne pouvant rien faire, je suis sur la défensive.
Derrière, les conducteurs s'impatientent et klaxonnent. Je regarde ma grand-mère. Elle ne dit rien mais fait mine que "pourquoi pas ?".
Ça klaxonne de nouveau. Je déverrouille les portières, la dame s'installe derrière ma grand-mère. J'essaie d'évaluer les risques.
Je saisis mon sac à main posé à côté de la dame et le place aux pieds de ma grand-mère en disant "Madame, je ne vous connais pas, je prends mon sac à main."
La dame nous explique que c'est la première fois qu'elle sort depuis deux mois mais que c'était encore trop tôt. Je la dépose devant chez elle, elle nous remercie vivement. Voilà, il n'y a plus de danger (!).
Je repense à la phrase prononcée "Madame, je ne vous connais pas". C'est une phrase que j'ai dite récemment dans un tout autre contexte.

J'étais à vélo à un carrefour attendant que le feu passe au vert et juste devant moi, une voiture a percuté une autre. Les deux voitures se sont rangées et je suis allée proposer à la conductrice victime de lui communiquer mes coordonnées si elle avait besoin d'un témoin.
La dame coupable de l'accident était furieuse et hurlait "On n'a pas besoin de vous !" Je lui ai répondu "Je ne vous connais pas. Je ne sais pas comment vous allez rédiger le constat. J'ai proposé mes coordonnées à cette dame, elle a accepté."

Quand je cours dans les campagnes françaises, je croise souvent des chiens accompagnés par leur maître mais non tenus en laisse. De loin, je demande au maître d'appeler son chien et de le mettre en laisse et dans, allez, 80% des cas,  le maître n'en fait rien. Je m'arrête donc de courir par prudence et une fois à hauteur du maître, j'ai droit à "Pas besoin, il est gentil". Et immanquablement je réponds "Moi, je ne connais pas votre chien". Je comprends que les maîtres aient un rapport très affectueux avec leur chien mais moi, je ne pense qu'à préserver mes mollets !