theatre

Hier soir, nous sommes allés au théâtre.
La salle était petite, tous les sièges étaient pris.
Il faisait chaud, des odeurs fortes émanaient des spectateurs.
Une enfant ronflait, deux rangs devant.
Un petit garçon, tout juste derrière moi car debout devant son père assis sur le siège derrière le mien, parlait sans chuchoter, en même temps que les acteurs.
Des spectateurs filmaient avec leurs mobiles. A chaque début et fin de prise, une petite mélodie retentissait.
Un téléphone a sonné, puis de nouveau. Ensuite une mélodie différente de celle des caméras s'est faite entendre, c'était un message laissé sur le répondeur.
Passée l'ébullition intérieure, je me suis dit : "Voilà, je suis en présence de plusieurs humanités. Ces gens vivent, transpirent, dorment, sont en relation."

Ça me fait penser à cet épisode de la série Masters of sex où on voit un des personnages chez son psychanalyste :
"Ma maîtresse m'a expliqué avec énormément d'enthousiasme le bienfait que lui apporte notre relation. C'était trop ... Vous voyez ce que je veux dire ?
- Oui, il y avait trop d'humanité."
Cette femme s'était tellement exprimée que l'inconscient de l'homme ne pouvait plus la maintenir comme un simple objet.

Parfois on évite soigneusement tout sujet qui susciterait une réaction personnelle de l'autre. On se protège.
Parfois on balance des choses très intimes sans prévenir l'autre, il/elle n'a pas le temps de se préparer au partage.
Pour communiquer respectueusement, l'attention portée aux signes non-verbaux est une aide précieuse. Il s'agit de déployer nos antennes, d'utiliser notre sensibilité pour percevoir si la personne a l'air désintéressée, excédée, semble vouloir partir, ... ou si au contraire elle est en symbiose, disponible, à l'écoute, enthousiaste.
Et puis de manière complémentaire, par une demande gentille, on peut aussi s'assurer qu'on respecte notre interlocuteur : "Tu sembles pressé(e), peut-être pouvons-nous parler de cela plus tard ?" "J'aimerais te confier quelque chose mais tu ne le souhaites peut-être pas ?".
Charge à la personne interrogée de ne pas être coincée dans des croyances qui empêchent celui qui questionne d'obtenir des informations fiables. Pour résumer, ne pas savoir dire "non", ne pas savoir mettre de limites, biaise la communication, empêche le respect mutuel. Les croyances qui se cachent derrière cette tendance doivent être questionnées pour s'en libérer.

Plus de pistes...
...pour les salariés : Quand je vais voir un(e) collègue pour obtenir une information, est-ce que je prends la peine d'attendre qu'elle/il soit disponible ? Il peut s'agir tout simplement de se placer dans l'angle de vue puis d'être attentif au moment où la personne nous signifiera qu'elle/il est prêt(e). Ce moment de partage d'information professionnelle peut aussi être l'occasion de s'habituer à percevoir le langage non-verbal : Ma/mon collègue a-t-elle/il l'air enjoué(e) ? Triste ? Agacé(e) ? "Tu as l'air en colère." Votre interlocuteur n'aura peut-être pas envie de partager et c'est sa liberté mais il sera peut-être soulagé de pouvoir se confier un peu.
...pour les couples : Est-ce que je me sers de mon partenaire comme d'un vide-ordure ? Dans le sens où on raconte tout ce qui nous vient à l'esprit pour nous délester, sans que cela se fasse dans le cadre d'un moment privilégié. L'autre est réceptacle et ensuite, qu'est-ce qu'il fait lui-même de tout ça ? Lorsqu'on est vide-ordure l'un pour l'autre ou en sens unique, il est intéressant de se demander si c'est cela (sous cette forme là) qu'on voulait vivre en couple et de réfléchir à d'autres options.
...pour les parents : On reproche souvent à nos enfants de ne pas avoir effectué ce qu'on leur a demandé. Mais nous y prenons-nous de la bonne manière ? C'est important de tout mettre en œuvre pour qu'on puisse renvoyer à l'enfant qu'il grandit, qu'il sait rendre des services, qu'il développe sa responsabilité, son autonomie. Pour les plus petits, une astuce consiste à toucher l'enfant (sur l'épaule par exemple) pour capter son attention puis de le regarder et formuler la demande gentille. Le petit enfant doit pouvoir le faire tout de suite sinon, il vaut mieux lui demander plus tard. Pour les plus grands, on peut exposer l'enjeu et placer un mémo en évidence.