Mon histoire :
La rédaction d'un magazine m'avait appelée pour me confirmer qu'ils étaient intéressés par ma proposition mais finalement, il n'y aura pas d'article.

Une histoire :
La commerçante lui avait dit qu'elle aimait bien ses créations, qu'elle les verrait bien dans sa boutique. La créatrice, galvanisée par la reconnaissance de son travail, s'est rendue toute joyeuse dans la boutique pour signer un contrat. Mais la commerçante avait changé d'avis.

Une autre histoire :
Elle l'aimait, il l'a quittée.

Une dernière histoire :
Elle s'est investie comme une dingue pour son employeur pendant plusieurs années et a été licenciée sans ménagement.

porte non

Quand on met son cœur et son âme (en plus de son temps, son énergie, son argent) dans un évènement, une création, une personne, une société et que ce DON DE SOI est rejeté par l'Autre, alors l'inconscient, pour nous protéger, nous fait croire que c'est tout notre être qui est rejeté afin que la souffrance soit telle que nous ne nous mettions plus dans cette situation.

Ainsi, après le choc, soit nous allons nous blinder et occulter ce qui s'est passé soit nous allons passer en revue tous les aspects blessants de la situation, sous plein d'angles différents soit nous allons faire un peu des deux.
Une autre partie de nous n'y croit pas, c'est un qui pro quo, ce n'est pas possible.
Il y a une sorte de discussion intérieure fervente qui peut aussi être partagée avec un proche dans un argumentaire infini.

Si l'émotion (réaction du corps à une pensée) nous envahit, en essayant de réfléchir et de reprendre du contrôle, nous ajoutons de nouvelles pensées, suscitant de nouvelles émotions. C'est une période douloureuse où on subit plutôt qu'on ne choisit et cette impression nous fait parfois prendre des décisions impulsives, pas forcément bonnes.

On se sent amer/amère.
Est-ce que amère veut dire sans-mère et explique le lien avec le sentiment de rejet ?
Je m'amuse à l'imaginer.

Je pense aussi à certaines personnalités qui sont complètement boostées par l'échec.
Une amie me racontait il y a plusieurs années, alors qu'elle était commerciale : "Au plus le prospect me remballe, au plus j'ai d'énergie pour y retourner et y retourner encore."
La différence, c'est qu'il n'y avait pas d'investissement affectif fort, c'était pris comme un jeu et au milieu, il y avait un produit ou un service qui n'avait pas été créé par les protagonistes de la négociation.

fache triste

Que peut-on faire quand nous nous sentons rejetés ?

Si on garde à l'esprit les processus que notre corps et notre mental mettent en place pour nous protéger, alors on a déjà fait la moitié du chemin.
Au lieu de subir et presque devenir fou, on va pouvoir, pendant que les processus agissent, se dire pendant une demi-seconde "C'est normal."

Notre corps et notre mental ont plusieurs options pour nous protéger : refouler (faire comme si rien ne s'était passé) ou réagir ou déprimer, ... Ça peut être une combinaison complexe, tant notre inconscient est futé et a une longueur d'avance sur notre conscient.

Imaginez une spirale type tornade, savamment orchestrée par votre inconscient. Il vous entraîne dans cette spirale et, de temps en temps, parce que vous savez que c'est son job, vous sortez une demi-seconde de cette tornade. Vous êtes au sol, tranquille, au calme, vous voyez la spirale construite spécialement pour vous et vous vous dites "C'est normal."
Cette expérience, qui peut paraître anecdotique voire insignifiante, c'est elle qui va vous sauver pour ne pas vous confondre avec la spirale et y rester.

tornade

Si cette spirale est constituée de refoulements, les petits pas de côté vont vous faire réaliser petit à petit qu'il serait bon, selon les modalités qui vous conviennent, de faire sortir la douleur qui est restée bloquée en vous et qui risque d'entraver votre vie.

Si cette spirale est constituée d'une alternance de pensées et d'émotions, les petits pas de côté vont permettre d'accepter ce déroulement sans s'y embourber. "Ok, inconscient, fais ton boulot, c'est normal. Mais toute ma vie n'est pas là." Ce faisant, on accélère la sortie de la spirale car on reprend contact avec le présent et le réel.

Quand vous sentez que cela est possible, dites-vous qu'une infime partie de vous a été rejetée.
Et peut-être que ça n'était même pas encore ça car l'Autre a agi avec ses propre filtres : Peut-on vraiment considérer que l'Autre vous a rejeté(e) si dès le départ il ne vous a pas envisagé(e) comme une personne mais plutôt comme une source de profit, de plaisir, de notoriété, etc ?
L'Autre n'a peut-être jamais été avec vous, il était seulement branché sur lui-même, vous n'avez pas forcément à vous remettre en cause dans la mesure où vous le faites.
Regardez-vous avec bienveillance, laissez doucement la vie reprendre le dessus sans nier ce que vous avez ressenti.
Demain sera une autre journée, pleine de promesses et qui sait ? Peut-être certaines promesses seront tenues ;) .

Pour Ninie, Clara et N.
Et pour tous ceux qui ont osé donner d'eux-mêmes et qui se sont pris une veste.

P.S. : J'ai quand même regardé l'étymologie du mot amer, ça vient du latin amarus qui signifie pénible.