poussette

 

Le DAB (Distributeur Automatique de Billets) est en haut d'une volée d'une dizaine de marches. Une femme est en train de retirer de l'argent.
En bas des marches, une autre femme attend son tour, un enfant en poussette à côté d'elle.
Je me place près de la femme et l'enfant pour faire la queue et prélever.
Je me dis que la femme qui me jouxte va devoir laisser son enfant en bas des marches, sur le trottoir pendant qu'elle retirera de l'argent. Je me mets en tête de lui proposer de veiller sur son enfant pendant qu'elle prélèvera.
Comme je l'ai raconté dans mes articles Feuilles d'automne et Au marché, certaines personnes aiment entrer en contact avec autrui, d'autres évitent.
Je fais partie de la première catégorie et, le sachant, j'essaie de réfréner cette tendance que mes enfants trouvent parfois lourde ("Tu sais, maman, le vendeur il a rigolé pour te faire plaisir, c'était vraiment pas drôle, arrête de parler à tout le monde s'il te plaît").
Donc, je décide de m'abstenir de parler. Bien m'en prend et j'en ris en mon for intérieur car il se trouve que la mère de l'enfant en poussette était celle en haut des marches, celle qui prélevait ! La dame qui se trouvait à côté de la poussette avait proposé à la maman de veiller sur l'enfant.

Quand il y a quelques années, j'ai décidé d'essayer de lâcher, au moins dans ma vie personnelle, la recherche constante de perfection, je me suis aperçue que les erreurs étaient souvent à l'origine de joie, de rires. C'est le clown qui trébuche en quelque sorte.

parc floral 300x73

 

La jardinerie où je vais habituellement a eu la bonne idée d'utiliser une partie de son terrain pour créer un parc, mettre en situation une grande variété de plantes et aider ainsi les clients à faire leur choix.
Me promenant dans le parc, j'entends un couple qui s'en émerveille. La tentation est trop forte, je ne peux m'empêcher de leur raconter que la dernière fois que je m'y suis promenée avant de faire mes courses dans la jardinerie, j'étais tellement enchantée qu'après mon petit tour, j'ai oublié de prendre un caddie et je me suis retrouvée bête au moment de charger l'arbuste choisi.
Et c'est vrai que lorsqu'on partage un repas avec des amis, on raconte souvent nos mésaventures et ça met une bonne ambiance.

 

coquillettes

 

Parfois, quand on élève des enfants, on craint d'être laxiste si on laisse passer la moindre erreur. Mais cette exigence est irréaliste et c'est se priver d'occasions de partager un bon moment avec les enfants.
Ce n'est pas évident à jauger.
L'autre jour, j'ai fait tomber le paquet de coquillettes, il y en avait jusque dans la pièce voisine ! Fallait-il prendre ce loupé au sérieux ? Me blâmer ? Analyser pour ne plus recommencer ?
Quand nous nous trompons, nous autorisons nos enfants à se tromper et puis, ça nous rend plus humbles.
Des parents se vexent parfois car ils se sentent pris dans un étau entre "J'exige de mon enfant la perfection" et "Je suis un humain faillible, je suis imparfait devant mon enfant".
Se donner des petits repères éducatifs aide à gérer de multiples situations.
Dans ce domaine des erreurs, casses, faux pas, boulettes en tous genre, je me suis fixée les repères suivants "Est-ce que quelqu'un souffre ?" "L'enfant l'a-t-il fait exprès ?".
Si un de mes enfants casse un verre, oublie un sac, se trompe en récitant un poème, je ne fais pas de reproches et pour m'aider à rester complètement zen, je dis "Je sais que tu ne l'as pas fait exprès" et "Personne ne souffre".
Car si les parents mettent tout sur le même plan et crient de la même manière pour un verre renversé ou une petite sœur frappée, ça n'aide pas l'enfant à construire lui-même des repères entre "à éviter" et "interdit".

Alexis Jenni 300x148

 

 

Afin de poursuivre la réflexion, je vous ai sélectionné un article d'Alexis Jenni (prix Goncourt 2011) : Je prends soin de mon heureuse bêtise.