fantome

J'explique à un copain de mon fils que la foi est une expérience qu'on ne peut pas faire pour autrui.
Je pourrais lui en parler pendant des années qu'il n'en ferait pas l'expérience.

Il est des ressentis qu'on peut vivre sur demande, en étant dans l'accueil des perceptions : marcher dans l'herbe pieds nus, boire une gorgée de vin, sentir une rose.

Mais certains ressentis ne sont pas sur commande. Davantage liés au mental. Savant mélange d'ouverture, de perception, d'imagination, d'inconscient ?
Le plus raconté : être amoureux.
Et même si après coup, on peut comprendre ce qui a été préparatoire à ces expériences, impossible d'être sûr de pouvoir les vivre de nouveau et encore moins de faire vivre cela à autrui.

Ces dernières années, j'ai pu ressentir, expérimenter, ce qu'on met derrière les mots fantômes, réincarnation et plus récemment vampire.
Du vécu, et plus juste un mot qui renvoie uniquement à des éléments extérieurs à soi (dessins animés, films considérés avec circonspection, croyances non partagées).

Car les mots sont à la fois barrages et passerelles.
Nous associons aux mots des valeurs, des notions, des procédures, des interdits, des sensations.
D'où l'expression "les mots sont réducteurs".
Mais, en langage texto ou avec le vocabulaire le plus raffiné, ils restent notre outil principal pour se relier aux autres. Se faire comprendre des autres, tenter de les comprendre, partager.

Quand on fait une belle expérience, on peut avoir envie de la partager. Au plus la panoplie de vocabulaire sera étendue au plus on aura l'impression de faire vivre à l'autre ce qu'on a vécu. Mais bien souvent, c'est le langage non verbal que l'autre recevra : le ton enjoué, voire passionné de la voix, les yeux qui scintillent de bonheur ; la respiration, la posture et la gestuelle modifiées...

Et lorsqu'on vit une situation difficile, là encore les mots vont nous permettre de replacer petit à petit hors de soi les émotions éprouvantes. Et la personne réceptacle percevra surtout les larmes, la colère, la puissance ou la démission du regard.

Qu'ils parlent de joie ou de douleur, les mots nous racontent des histoires qui peuvent nous décentrer ou nous recentrer.
Et ça non plus, ça n'est pas sur commande.