LeScaphandreEtLePapillonHier soir, j'ai revu le film Le scaphandre et le papillon*.

Le personnage principal, Jean-Do, se retrouve entièrement paralysé suite à un AVC. Il est conscient de son état. C'est ce qui est véritablement arrivé au rédacteur en chef du magazine Elle, Jean-Dominique Bauby, fin 1995. Le film est tiré du livre éponyme écrit par Jean-Dominique Bauby.


Je me souvenais parfaitement que j'avais pleuré du début à la fin, au premier visionnage de ce film. Je savais que les mêmes rivières couleraient. Et pourtant, c'est avec joie que j'ai entamé la lecture du DVD. Car ce film est un petit bijou.
Je me suis rendue compte par la suite que le réalisateur du film, Julian Schnabel, était avant tout un peintre et j'ai mieux compris pourquoi la majorité des plans ressemblent à des tableaux.
Il y a un parti pris esthétique qui transcende la tristesse, la fatalité. Bien que le héros n'ait pas du tout vécu la situation entouré de cette beauté, cela équilibre, pour nous spectateurs, le côté plombant intrinsèque à la situation.
Dans Intouchables, c'est la spontanéité, l'humour de Driss qui rééquilibrent la situation vécue par Philippe.
Julian Schnabel prend garde de ne pas partir non plus dans un onirisme envahissant. Le corps du héros est bien là. Il existe bien que paralysé, avec sa vérité toute crue.

Jean-Do ne peut communiquer qu'avec le clignement d'une paupière. A côté de nos habituels bavardages, pour lui, chaque mot (chaque lettre !) est compté.
Il est intéressant de constater que Jean-Do va utiliser cette infime capacité pour réaliser ce que nous sommes les seuls à savoir faire : imaginer, croire.
D'autres espèces animales échangent des informations mais nous sommes les seuls à imaginer, à focaliser nos pensées sur un concept, à y croire collectivement :

  • superficiellement, par exemple en parlant à un collègue de tel personnage de telle série comme s'il existait vraiment ("Tu crois que Tommy va survivre ? Lara l'a bien amoché quand même, avec son marteau.")
  • profondément, par exemple quand le fait de croire en Dieu ou en la justice ou en... nous fait déplacer des montagnes.

 

Il est émouvant d'ailleurs, de voir les soignants affirmer à Jean-Do : "Vous irez mieux." et unir leurs espoirs par des hochements de tête convaincus-convaincants mutuels. Ces plans de quelques secondes sont à eux seuls un hommage rendu à tous les soignants.
Et je repense au film Le patient anglais dans lequel le comte Laszlo de Almásy, mourant suite à ses très graves brûlures, interroge Hana sur son dévouement. Elle répond tout simplement : "Because, I'm a nurse."

Pour Jean-Do, c'est un peu comme s'il y avait un entonnoir : ses pensées, son imagination fonctionnent parfaitement. Il va les partager (donc vivre) par le clignement d'une paupière. Un océan partagé au compte goutte avec l'indispensable aide de Claude.
Roussin, ex-otage, dit d'ailleurs à Jean-Do : "Il faut que vous vous raccrochiez à ce qui fait de vous un humain."

 

narrative 794978 340Et nous ? Profitons des vacances pour accompagner nos enfants ou nous-mêmes sur le chemin de l'humanité : aidons-les à exprimer leurs pensées, leurs émotions, leurs idées même farfelues. Qu'ils aient un environnement favorable pour imaginer des histoires.


Voici ce que j'ai mis en place avec mon fils. J'ai récupéré 5 enveloppes sur lesquelles j'ai écrit :

  1. PERSONNAGE
  2. LIEU
  3. ÉPOQUE
  4. ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR
  5. AMBIANCE


baron munchausen 74043 340Je lui ai demandé de découper plein de petits papiers puis j'ai imaginé des éléments pour chaque enveloppe.
Quand vient le week-end, mon fils tire un papier de chaque enveloppe puis invente une histoire.
Il fait des recherches sur l'époque et le lieu, cela lui fait travailler l'histoire et la géographie sans qu'il s'en aperçoive.
Ensuite, je l'aide à retravailler le style, la cohérence des temps, l'orthographe.

 

school 937643 340Quand il nous lit l'histoire finalisée à haute voix, il constate dans nos regards que nous partons avec lui. Nous avons quitté notre quotidien et avons rejoint les personnages, le lieu, l'époque de sa création. Nous y croyons pendant les quelques minutes de lecture.
Et c'est l'occasion d'expliquer à mon fils pourquoi l'expression française doit être parfaite. En effet, au moindre accroc, nous quittons l'histoire, la bulle éclate et nous tombons.
Il sait de quoi je parle car lorsqu'il remarque un "faux-raccord" dans un film, il n'y croit plus, il sort du film.


Prenons un peu de temps pour utiliser ce don que nous sommes les seuls à posséder : imaginer, croire.

Je vous souhaite un joyeux Noël.

 

(*) : Le film a reçu le prix de la mise en scène et le prix Vulcain de l'artiste technicien pour le directeur de la photographie au festival de Cannes 2007, le prix du meilleur réalisateur et le prix du meilleur film en langue étrangère à la 65e cérémonie des Golden Globes, le prix du meilleur film par l'académie Lumière, le prix Jacques Prévert du meilleur scénario, le prix du meilleur acteur et le prix du meilleur montage lors de la 33e cérémonie des César.