Foreign Language

Je rentre dans ma voiture et j'ai le choix entre écouter de la musique à la radio ou mon CD d'apprentissage d'une langue étrangère.

Je pense à l’Ecclésiastique, ce livre de la Bible qui a failli ne pas y être alors que c'est le livre de la Bible que je préfère. Quand je l'ai lu la première fois, j'ai été bien étonnée de voir que la Bible me faisait rire ! Le style désabusé m'a bien plu.

Entre autres choses, l'Ecclésiaste nous enseigne qu'il y a peu dont on peut se réjouir donc ne passons pas à côté. Manger, boire, être satisfait de son travail. J'ai retenu ce dernier point car j'avais la fâcheuse tendance à ne regarder que ce qui restait à faire. L'Ecclésiaste m'a appris à prendre le temps de me retourner sur ma journée achevée et constater avec satisfaction le travail accompli. Pour soi, plaisir pour soi sans tambours ni trompettes.
Sauf que dans cette hypothèse, le plaisir vient de la satisfaction qui vient elle-même du travail. Le plaisir n'est pas immédiat. Or quoi de plus tentant que le plaisir immédiat ?

Bien souvent, nous avons envie de plaisir immédiat, de réconfort. Mais sachons reconnaître les moments où nous sommes suffisamment bien pour choisir une activité qui nous apportera un plaisir différé grâce à une activité qui nous fait grandir, une activité qui sublime nos désirs restés en sourdine.

Grâce à l'Ecclésiaste et parce que j'étais suffisamment bien, j'ai choisi de mettre le CD. Des pensées toxiques m'ont assaillie "C'est malin, tu ne l'as pas écouté depuis longtemps donc maintenant, tu vas galérer" "Tu ferais mieux d'arrêter, c'est trop dur" "Si ça tombe, ça ne te servira jamais" etc. Une fois que le petit cirque de mon inconscient fut terminé, j'ai repensé à Shunryu Suzuki* et ne me suis pas découragée.
Après avoir écouté le CD, j'étais fière d'avoir choisi l'option difficile plutôt que la facile et j'ai goûté à ce petit plaisir.

* Je vous cite Shunryu Suzuki, un maître zen japonais qui a fait connaître le bouddhisme aux USA dans les années 60.
Dans "Esprit zen, esprit neuf" :

« Après avoir pratiqué [zazen] un certain temps, vous comprendrez qu’il n’est pas possible de faire des progrès rapides et extraordinaires. Même si vous essayez de toutes vos forces, votre progrès se fait toujours peu à peu. Ce n’est pas comme sortir sous une averse où l’on sait que l’on est mouillé. Dans le brouillard, vous ne savez pas que vous commencez à être mouillé, mais, tout en marchant, vous êtes peu à peu mouillé. Si vous avez à l’esprit des idées de progrès, vous direz peut-être : « Oh, cette allure est insupportable ! » En fait elle ne l’est pas. Quand vous êtes mouillé par le brouillard, il est très difficile de vous sécher. Inutile, donc, de vous inquiéter du progrès. C’est comme l’étude d’une langue étrangère ; vous ne pouvez y arriver d’un seul coup, mais, à force de répétition, vous la maîtriserez. […] Nous pouvons dire que nous progressons peu à peu, ou bien que nous ne nous attendons même pas à progresser. Il suffit d’être sincère et de donner tout son effort à chaque instant. […]. »